Un festival comme Viva!, c’est un laboratoire extraordinaire, à la fois pour l’expérimentation et pour la réflexion, deux éléments aussi essentiels – vitaux même – dans la pratique en art performance.
Pendant toute la semaine, cette idée de laboratoire vivant était palpable dans l’énergie qui circulait dans la communauté participante aussi bien que dans l’espace physique lui-même. Chaque jour, s’accumulaient ainsi dans les salles attenantes à la piscine des éléments matériels qui se déployaient et se configuraient au gré des circonstances. : les grands cartons annotés pendant les ateliers de Performer Stammtisch, les artefacts des performances et des interventions des jours pécédents, les articles et les tatous de Jess, les macarons ornithologiques d’Andres et politiques de Chris arborés par plusieurs, le carnet de signatures de ce dernier en vue du dépôt de sa candidature l’investiture du Parti conservateur de 2015 (If you can’t beat it, join it!), etc. Même le tableau noir
, assailli de commentaires puis effacé au 4e jour participait de cet esprit à certains égards carnavalesque. Et cette odeur d’orange, persistante, répandue comme en coulisse par les activités de Karen…
L’espace, en transformation, témoignait bien du principe de collaboration et de partage qui a animé les six jours du festival et qu’alimentaient (sans jeu de mot!) de façon exemplaire les joyeuses tablées des soupers coordonnés par SP 38 et son équipe. (Je soupçonne même l’artistique cuisinier d’avoir ajouté à ses recettes – par ailleurs savoureuses – une substance hautement «addictive», ce petit quelque chose impalpable, incolore et inodore qu’on appelle le performatif…)
Nouveau cette année, le Tableau Noir ouvert à la participation spontanée allait dans le même sens. Bien qu’il faudra repenser son intégration au sein des soirées
(pour toutes sortes de raison que je n’aborderai pas ici mais dont nous aurons sans doute l’occasion de reparler), ces tableaux témoignèrent dans certains cas d’une sensibilité exceptionnelle (je pense entre autres à la performance de Michelle réalisée pour son grand-père samedi après-midi et à celle de Jörn avec son panache miniature la veille…) Au final, les propositions furent aussi riches que variées et chacun était libre d’y lire quelque chose pour soi. Car s’il existe un aspect particulier à l’art performance, c’est bien cette multiplicité de résonnances que chaque œuvre fait éclater en tous sens. Au plan de la réception, le consensus est impossible, et c’est tant mieux. On peut dire d’un film qu’il est raté, mais qui pourrait en faire autant d’une performance? Si c’était le cas, une conversation de deux minutes avec son voisin risquerait de faire voler en éclat toute certitude…
C’est pourquoi les rencontres animées par le collectif Performer Stammtisch m’ont semblé si importantes. Car elles insufflaient au laboratoire qu’est Viva! sa part essentielle de réflexions et d’échanges.
Pour mon plus grand malheur, je n’ai pas pu assister à toutes ces discussions – des activités d’enseignement combinées à la nécessité de trouver du temps pour alimenter le blogue ayant eu raison de mon désir de le faire. Cette lacune me semble d’autant plus paradoxale qu’une parenté d’attitude guidait, il me semble, notre implication (à P.S. et TouVA) au sein du festival, celle de rendre hommage, par nos interventions quotidiennes, à la générosité des artistes et du public ayant construit l’édition 2011. Cette volonté, évidemment, s’accompagnait du souhait d’alimenter la réflexion, d’en faire une substance vivante et dynamique. Car en tant que collectif de recherche, autant PS que TouVA nous connaissons, pour le vivre chacun à notre manière depuis plusieurs années, la nécessité et la richesse de cette interdépendance de la pensée et de la pratique. Mais la nature même de nos activités au sein de Viva! et les contraintes logistiques et temporelles liées à ces activités nous ont amenés à les vivre en parallèle davantage qu’en collaboration.
Toutes les fois où j’ai assisté aux discussions du midi, j’ai trouvé là un terrain foisonnant, productif et fécond. Un trésor dont j’aurais souhaité être mieux en mesure de rendre compte dans les textes du blogue.
Mais comme nous avions choisi de commenter chaque performance et de le faire sur le vif, sans attendre, il devenait quasiment impossible – faute de temps, cet ennemi baudelairien source de tant de tracas – d’y associer aussi les discussions du midi. Et je crois que l’inverse est aussi vrai : Performer Stammtisch aurait souhaité enrichir le blogue de ses propres réflexions, en une circularité que rendait impossible la simultanéité de nos activités parallèles. Mais peut-être que cet état de fait nous donnera la possibilité de trouver dans l’avenir une façon de faire se croiser nos expériences communes?
En cette fin de festival, il importe de dire à quel point l’expérience que fut pour nous la réalisation d’un blogue fut enrichie par l’extraordinaire fourmillement de la programmation, la chaleur des contacts humaine et la sensible efficacité de l’organisation.
MERCI À TOUTES ET À TOUS! « Je vous aime toute! » ♥


