Noémie McComber (QC) – Déploiement en règle

8 octobre

Déploiement en règle: la règle, ici, semble consister à illustrer la règle en en prenant l’exact contre-pied. Debout sur le toit du bain St-Michel, Noémi McComber, flanquée de ses deux acolytes (Sarah Bronsard et Myriam Jacob-Allard), lit dans un porte-voix la déclaration solennelle du protocole d’utilisation du drapeau du Québec dans l’espace public*. Aux assertions du document officiel, elles répondent par des tableaux vivants qui illustrent, justement, ce qu’il ne faut pas faire !

« On arbore un drapeau pour qu’il soit vu, pour qu’il domine un espace. Le positionnement d’un drapeau n’est pas un geste de hasard, il requiert un examen attentif des lieux.

Pour remplir la fonction qui est la sienne, un drapeau doit dominer son entourage. Il ne doit donc pas être surplombé par des murs élevés ni par des arbres qui lui portent – ou lui porteront – ombrage. Il ne doit pas jouxter quelque autre structure qui le domine physiquement (lampadaires, antennes, poteaux téléphoniques, etc.), il surplombera au contraire un périmètre largement dégagé. »

Et le fleurdelisé que brandissaient les filles du haut du toit de se retrouver perché dans un arbre, chassant du coup une nuée de pigeons de leur perchoir.

 

Noémie McComber

Iconoclastes, les actions réalisées ici dans l’espace public se révèlent transgressives tant dans leur manière d’être présentées que dans leur contenu. Ainsi les drapeaux du Québec servant à l’illustration (par l’absurde) des règles protocolaires se retrouveront tantôt souillés, découpés, déchirés quand ils ne seront pas carrément transformés en pompons, en confettis, en couverture et tutti quanti.

 

Noémie McComber

Moitié à cause de l’attroupement qui s’est formé sur le trottoir, moitié en raison de l’utilisation d’un symbole patriotique, les badauds tendent à ralentir le pas. Une manifestation politique peut-être? Du théâtre de rue ? Un party d’Action de grâce ? Peu d’entre eux prennent la peine de s’enquérir de la chose. Après tout, quand on vit à Montréal, on en a vu d’autres. Et puis avec tous ces flashmobs et autres actions à la Improv Everywhere qui pullulent dans l’espace urbain (et sur le Net) depuis quelques années, et étant donné ce qui se passe à Wall Street présentement, l’affaire mérite-t-elle qu’on s’y attarde ?

Pourtant, si le passant avait pris la peine de s’arrêter, il aurait eu droit à un spectacle ludique pas dénué d’originalité. À la rubrique « déploiement – la place d’honneur», par exemple, où il est question de la place que doit occuper le drapeau québécois lorsqu’il est déployé parmi d’autres lors d’événements officiels, on verra apparaître sur le toit des drapeaux créés par l’artiste.

 

Noémie McComber

Au-delà de la leçon didactique que l’on reçoit ici (après cette présentation, c’est sûr que je vais me coucher moins niaiseuse à soir, comme dit l’adage),plusieurs questions surgissent. Et elles touchent une foule d’aspects : l’utilisation des symboles patriotiques en art (après deux « Je me souviens» proclamés lors du festival – par le collectif CLAIMS le 4 octobre et par Julischka Stengele le lendemain- le recours au symbole national québécois m’interpelle, quoique la question soit évidemment beaucoup plus large), la part de la revendication politique dans le travail présenté (dans quelle mesure la présentation relevait-elle du patriotisme ?), la portée du geste dans ce qu’il a d’iconoclaste ( en «vandalisant » la déclaration, cherchait-on à en extraire la substance ? À affirmer son apolitisme ? Ou plus simplement à remettre en question les codes législatifs, ou mieux, son vocabulaire et sa syntaxe ?), la motivation artistique à l’œuvre au niveau du fond (de quoi ça parle ?) et au niveau de la forme (comment ça en parle ?), l’intention performative de la proposition (en quoi et comment l’œuvre est-elle performative et pourquoi).

C’est avec toutes ces questions (et plusieurs autres) en tête que je me pointerai demain à la causerie animée par le collectif Performer Stammtisch. Parce que c’est là, dans l’échange d’idées, que vibre le cœur de nos pratiques.

* Cette déclaration, qui contient les lois régissant l’usage du fleurdelisé, peut être consultée en ligne sur le site officiel du gouvernement du Québec à l’adresse http://www.drapeau.gouv.qc.ca/drapeau/deploiement/regles-generales.html

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