Il était une fois une artiste – nommons-là Baie – au faîte de sa carrière. Reconnue par ses pairs, encensée par la critique, l’œuvre de Baie semblait cependant s’être construite sur des bases nébuleuses. Sans parler d’imposture, on pouvait toutefois dire que quelque chose de pas clair ou de non avoué se tenait tapi là derrière. Mais Baie n’en avait jamais laissé rien pareil. Forte tête, cette artiste à l’égo démesuré prenait beaucoup de place et en laissait peu à ceux et celles qui l’entouraient. Pourtant, quelque chose était sur le point de se produire qui allait radicalement changer sa manière de travailler. Pour une raison que même le tarot ne peut révéler, la dernière production que Baie voulait réaliser nécessitait une expertise technique qu’elle ne possédait pas. Aussi, elle se trouva dans une position où elle devait demander de l’aide. Grand bien lui fit, car du partage et de la mise en commun naquit une œuvre magistrale. Mais plus encore que son travail, c’est la vie de Baie qui se trouva enrichie.
Cette histoire, c’est Marie-Claude Bouthillier qui me l’a racontée dans l’espace intime de sa roulotte picturale exposée à la galerie La Centrale où elle m’a reçue pendant le festival. Dans l’œuvre installative animée pour l’occasion, Marie-Claude se fait diseuse de bonne aventure (c’est le titre de l’exposition), lisant dans les cartes qu’on tire devant elle (il s’agit d’un jeu de tarot qu’elle a créé sur le thème de la vie d’artiste) le destin d’un artiste fictif auquel on se trouve lié par le nom qu’elle nous demande de lui donner. Le hasard, la perspicacité et les talents de conteuse de Marie-Claude font le reste. Le reste, c’est cette histoire qui se construit pour nous dans l’intimité dune rencontre et d’un lieu qu’on pourrait qualifier de métonymique.



