Jon Mueller (USA) – I Almost Expect to Be Remembered as a Chair

mardi 5 octobre (commissaire : Mathieu Beauséjour)

Jon Mueller

Si j’avais un lexique à écrire sur l’art performance, à la rubrique « le performatif », j’indiquerais « une performance de Jon Mueller ».

Je n’ai pas les connaissances et le vocabulaire appropriés pour décrire et commenter le travail spécifique du son ni les technicalités du jeu de ce virtuose du « drum » qu’est Mueller.

Toutefois, je peux parler de l’expérience que sa performance m’a fait vivre et des qualités de cette expérience. Car elle fut intense : puissante, vive, soutenue, stimulante, dense et profonde.

Ce que Mueller produit, ce n’est pas du bruit, du son ou de la musique, ni d’ailleurs du rythme ou des variations de tempo, mais une façon d’être face à l’instant. On n’écoute pas une performance de Mueller, on s’y plonge entièrement. On la vit. Une œuvre pareille, ça se conjugue avec être et non pas avec avoir. Bizarrement, la performance a produit sur moi un effet similaire à ce que procure une séance de méditation. Sans doute parce que l’expérience m’a placée dans un formidable état de disponibilité et d’abandon. Une présence à soi proche de l’état de non-vouloir qu’ont beaucoup décrit les sages et les mystiques. Un petit nirvana, en somme.

Un autre aspect de l’expérience se jouait au plan de l’énergie. L’espace du bain St-Michel en était rempli, et d’une rare qualité. C’est en raison même de l’attitude de l’artiste que, je crois, plusieurs ont comme moi ressenti que, au-delà de ce qu’il nous était donné d’entendre, il se passait quelque chose (au-delà de la masse sonore, il y avait autre chose).

Lors des rencontres animées par le collectif Performer Stammtisch, Mueller a raconté que ce qui l’intéressait, ce n’était pas tant de jouer de la batterie que d’être en relation, au niveau de l’énergie, avec ce qu’il pouvait amener dans l’espace du bain St-Michel et en contexte de festival. N’ayant pas « pratiqué » dans l’espace, il a dit avoir, dès les premiers moments de l’action, été fort sensible à la réverbération très particulière du lieu sur les cymbales, ce qui l’a finalement amené à faire une performance beaucoup plus physique que ce à quoi il s’attendait.

Mueller construit avec des sons et remplit l’espace énergétiquement. L’important, c’est moins ce qui vient de l’instrument que de la présence. Le son, ici, devient l’ extension d’une présence. D’ailleurs, Mueller se dit intéressé à ce qu’il vit davantage qu’à ce qu’il entend. Performer, c’est d’une certaine façon exprimer une identité, une identité qui agit telle un miroir où se réfléchirait ce que l’artiste reçoit de ce qu’il a donné en une circularité constructive qui, littéralement, fait œuvre. Du performatif à l’état pur.

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