Savoir attraper des sushis

Ma première incursion sur un blog. Bernie m’a demandé d’ajouter quelques commentaires de mon cru. Pourquoi pas? Depuis le début du festival, j’arpente les alentours du bain et parfois m’y plonge, question de mieux m’imprégner de ce qui se passe, dans l’action. Et je ne pouvais déroger de cette habitude hier, en attendant d’avoir accès à mon plateau de bambou rempli de sushis, petites pièces précieuses relevant du grand art. Dans l’attente de me délecter de poisson tellement frais qu’il fondait littéralement dans la bouche -Karen, tu as manqué quelque chose!-je me suis mise à scruter les gestes minutieux de Chang Wan Wee, pliant une feuille de Nori et la fendant gracieusement avec son couteau, y mettre du riz, puis y déposer avocat ou concombre. Dans cette sorte de chorégraphie culinaire, il était évident que nous étions témoins d’une représentation esthétisante d’un art ancestral. Par opposition, Marx Kruis secondait le maître sushi, habillé d’un sarreau blanc. L’image du scientifique qui manipule des instruments et des liquides avec des gants en nitrile, version aseptisée et froide de l’Occident qui contrôle tout, m’est apparue immédiatement. Si la nourriture traverse les frontières, elle marque aussi des territoires, des façons de faire et de dire une culture. Dans le contexte de cette performance, la nourriture montre l’opposition entre la rigueur qu’il faut détenir pour réaliser des sushis et toute la sensualité qui se dégage dans la manipulation des aliments. Et c’est dans cette finale, que l’on comprend à quel point l’artiste, le maître sushi, Chang Wan Wee, respecte la matière qu’il transforme. Je dois avouer que j’ai été troublée par l’action finale. Les coups de langue de l’artiste sur la chair de poisson n’avaient rien de dégoûtant ou de choquant, au contraire. Il y avait quelque chose de sexuel dans cet acte, une exploration sensuelle… je me suis sentie un peu voyeuse et non plus simple spectatrice. –Manon T.

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