Retour à l’essentiel

Je suis peut-être naïve, mais je ne soupçonnais pas le pouvoir du blog. Mon texte sur mon expérience sushis, même bref, a suscité des réactions positives. Je remercie d’ailleurs toutes les personnes qui sont venues m’offrir leurs commentaires sur leur appréciation de la chose. Quand on écrit, on reste souvent dans l’ombre. Avec VIVA!, je savoure cette soudaine interaction que l’écriture provoque. C’est ça aussi l’idée de rencontre.

Cela dit, après avoir terminé ma journée de travail, je me suis rendue au bain, affamée. Comme Karen l’a si bien exprimé avant moi, les repas de SP38 sont toujours réussis et délectables. Et ils sont essentiels pour artistes, organisateurs et festivaliers car ils permettent de souffler un peu entre les différentes activités du jour. Pour ma part, j’adore m’installer à une table et partager des impressions avec mes collègues, faire la rencontre d’artistes ou enfin discuter avec cette personne dont le visage m’est familier.

Long préambule. Retour au bain. La scène du festival. Naturellement, à chaque soir où le bain a servi de lieu pour les performances, le public docile –dont je fais aussi partie- s’est installé autour, laissant la partie la plus profonde de la piscine aux performeurs. Cette configuration, plutôt théâtrale, amène le public à choisir sa place pour assister aux actions. Hier, c’était au tour d’Articule. Le comité de programmation réunissant Catherine Bodmer -anciennement coordonatrice du centre- Rachel Echenberg, Kit Malo et Michelle Lacombe a composé une programmation axée sur l’intergénérationnel. Et pour la première performance du duo composé de Monika Günther et Ruedi Schill, j’ai senti que j’avais manqué beaucoup de subtilités parce que je n’ai pas pris place à l’extrémité du bain. Je n’ai pas tout vu. Mais… j’ai apprécié la qualité de présence de ces performeurs qui cumulent plus de 20 ans d’expérience. Et surtout le minimalisme de leurs actions. Sobrement vêtues, les deux performeurs ont investis le bain de manière poétique en faisant des gestes simples (allumer et éteindre une chandelle, caresser les carreaux de céramique du bain, etc.). Mais ce qui m’a le plus touché, c’est de voir que les deux artistes n’on jamais croisé leurs regards, comme s’ils marquaient leur individualité. Par ailleurs, leurs gestes répétées m’ont fait penser à des patients qu’on observe. Et je me suis dit qu’il n’est pas toujours essentiel d’user de paillettes pour remplir un espace aussi connoté que le bain.

Je dois dire que j’ai vraiment apprécié la seconde performance pour la raison suivante : Paul Couillard et Ed Johnson ont littéralement pris d’assaut l’espace du bain. Je n’irais pas dans les détails, mais les deux artistes ont créé une interaction avec le public en les intégrant à leurs actions. Étant maître du jeu, ils ont parfois donné des indications aux spectateurs assis sur le rebord de la piscine parce que ceux-ci pouvaient gêner leurs mouvements. Je pense, entre autres, au moment où Couillard et Johnson étaient reliés par un fil rose attaché autour de leur sexe ou simplement de leur slip –who knows!- longeant le bord de la piscine. Petite tension des corps, en équilibre. Il y a eu aussi plusieurs moments où les performeurs ont joués avec la symbolique de la piscine (lieu d’ablution, de rencontre, d’activités physiques). Je retiens aussi le plaisir manifeste des performeurs de se donner le droit de décrocher et de reprendre l’action, de rire avec nous.

Même chose pour Christian Messier. Jeune performeur, s’il en est, cet artiste a su captiver le public. Il a pris place sur une chaise, posée au centre de la piscine. Après avoir bu toute une bouteille de vin en très peu de temps jusqu’à l’écoeurement, avoir utilisé sa tête comme support au feu qu’il venait d’allumer et après avoir croqué 3 ou 4 piments forts…. il devenait évident que ça allait revenir. Je veux dire, le vin ingurgité est ressorti aussi vite. Et pourquoi ne pas se mettre nu ensuite! Se léchant frénétiquement, Messier s’est enduit de farine. Quelque chose d’animal. Tout blanc de farine, il a commencé à se frapper la poitrine, marquant ainsi les battements de son cœur. Et se frapper de plus en plus fort faisant ressortir la rougeur et l’extrême violence du geste. Au final, une image plus douce est apparue alors qu’il a craché de la farine dans les airs. On respire nous aussi. Si on peut y avoir vu une sorte de courte histoire de la performance dans ce qu’il a proposé, on ne peut faire abstraction de la violence qu’il a fait à son corps. Et ça laisse toujours de bien drôles d’images et des visages perplexes, après coup.

-Manon T.

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